SUR LA NATURE DE LA THERAPIE


Toute thérapie vise à la libération de la souffrance.

La souffrance est en rapport au manque, à la résistance de la personne à l'abandon et à l'absorption dans une conscience d'être impersonnelle.

L'écoute du thérapeute est nécessaire pour la mise à nu des mécanismes sous-jacents à la souffrance.

Son regard sans jugement renvoie l'être en souffrance à sa propre aptitude à contempler sa situation, sans le poids de la critique et du sarcasme.

Cette qualité de vision entraîne une libération de la culpabilité et permet de commencer à voir les choses, faits, êtres et situations avec un oil attentif et ouvert, qui ne cherche plus à juger, mais seulement à comprendre. Avec l'innocence de l'enfant qui découvre le monde autour de lui,
l'être en souffrance commence à voir que le remède se situe dans son propre regard. Le besoin de contrôle est remplacé par un besoin d'acceptation. La contracture fait place à la détente.

Au fil d'un vécu qui se réfère davantage à l'instant présent qu'aux événements passés ou futurs, la mémoire perd son caractère indispensable, tout du moins sur le plan psychologique. Elle retrouve sa nature propre d'outil fonctionnel, utile à l'expérience et au fonctionnement quotidien,
mais ne faisant plus obstacle à la sublime fluidité des circonstances et événements, tels qu'ils sont perçus par le regard innocent.

La thérapie vise à redonner à l'être son aptitude à vivre consciemment la présence silencieuse intemporelle qui gît en arrière-plan de l'activité mentale et corporelle.

Différents types de thérapie sont nécessaires selon le point de maturité, pouvant utiliser le remède, la parole, le toucher, le mouvement, le souffle, l'auto-investigation, le regard, le silence, et la simple présence d'être.

Mais toute thérapie conduit inexorablement à la libération de la croyance d'être malade, à la conscience d'un moi libre de la maladie, d'un moi libre du moi, d'une présence impersonnelle surplombant le corps et la personnalité, et qui donne son sens à l'existence toute entière.

Une vraie thérapie amène à une maturité dans la compréhension, une perspective ouverte et globale, un corps sensible, habité et détendu, une écoute ne se référant plus à la mémoire, et une vision juste des choses telles qu'elles sont.

L'acceptation n'est plus alors un mythe, elle est une parfaite intégration aux sensations,pensées et émotions, dans laquelle le soignant et le soigné sont animés et unis par la même conscience d'être, indivisible et un.


Docteur Jean-Marc MANTEL